acier tamahagane

Le Tamahagane (玉鋼) est l’acier traditionnel japonais utilisé pour la fabrication de sabre, dont la forme la plus connue est le Katana. Plus rarement, certains forgerons l’utilisent aussi pour réaliser des lames de couteaux japonais remarquables inspirés de la fabrication des sabres.

L’on voit et l’on entend beaucoup d’exagérations et d’erreurs d’informations sur le Tamahagane. Certains lui accordent des qualités excessives en disant qu’il est l’acier le plus solide et tranchant, et d’autres, en réaction à ses exagérations, le critique sans vraiment le connaître.

Notre objectif est de rassembler la meilleure qualité d’information possible et de la rendre accessible à tous sans prétention de vérité absolue.

Cet article spécialisé sur le Tamahagane sera mené à être enrichis régulièrement et toutes informations sourcées qui puissent le compléter sont les bienvenues.

Qu’est-ce que le Tamahagane ?

Le Tamahagane est l’acier premier Japonais traditionnel fabriqué en bas-foyer dont la finalité principale est la réalisation de lames japonaises : nihonto.

Son processus de fabrication n’est, en fait, pas si différent des aciers fabriqués au cours de l’histoire dans les autres régions du monde. On peut par exemple le comparer aux aciers de bas foyer des forges Catalanes bien que chacun possède leur nuances propres dans le procédé de fabrication.

Quelle est la définition de l’acier Tamahagane ?


Le terme tama en japonais signifie précieux. Le caractère chinois ancien (yu) utilisé veut dire jade, pierre qui était considérée comme la plus précieuse dans la Chine ancienne, symbole d’alchimie, de vertu et d’intégrité. Le terme hagane signifie quant à lui acier en japonais. Le tamahagane peut donc se traduire par : acier précieux.

Il est difficile quand on parle de Tamahagane d’utiliser ce terme pour désigner un type d’acier et un processus unique qui serait le même depuis toujours. Sa première particularité est d’être les meilleures parties de l‘acier artisanal, il a donc évolué au fil des siècles, a connu des ratés, des optimisations et n’est pas quelque chose de complètement figé. Pour mieux comprendre, regardons brièvement l’histoire du Tamahagane.

L’Histoire du Tamahagane

Tatara et Tamahagane

La forge japonaise a plus d’un millénaire d’histoire. Les forgerons japonais ont mis des siècles à inventer la technique traditionnelle de métallurgie utilisant le four appelé Tatara pour produire cet acier.

Au fil du temps, ce type d’acier au carbone a été appelé Tamahagane ce qui n’a pas toujours été le cas.

Cependant, après ces débuts, sa production et sa qualité pouvaient être encore nettement améliorés et stabilisé. Les écoles de katana ont continué à mettre en œuvre diverses méthodes pour fabriquer le meilleur acier possible.

Acier au cours de la période Edo

Ce n’est qu’au cours de la période Edo (1603-1868 après J.-C.), qu’elles ont finalement réussi à produire en masse le Tama-hagane avec une qualité plutôt régulière. Les moyens de transport de la période Edo étant bien plus avancés que ceux des époques précédentes, le Tamahagane s’est rapidement répandu dans tout le pays.

Un acier pur

Il était largement utilisé pour les sabres japonais Shinto, car il était considéré comme la forme la plus pure d’acier au carbone, avec la liaison chimique la plus stable.

Ce fut également un moment décisif dans l’histoire du Japon, lorsque la plupart des forgerons d’épées du pays utilisèrent pratiquement tous la même matière première pour la réalisation de leurs sabres.

Déclin des samourais, des Sabres et de l’acier Tamahagane

Après le déclin du régime des samouraïs à l’ère Meiji (1868-1912 après J.-C.), le tatara et le tamahagane ont disparu du Japon jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Ce n’est qu’ensuite dans les années 1970 que la méthode a vraiment été réhabilitée.

En 1972, après toutes les luttes menées par le gouvernement et l’industrie métallurgique pour redonner vie au Tatara, c’est l’association japonaise NBTHK qui a pris les choses en main.

Ils ont finalement restauré l’usine traditionnelle du Tatara en 1977. Le tatara est aujourd’hui protégé par l’Agence pour les affaires culturelles au Japon en tant que savoir culturel à préserver.

Retrouver les Savoirs Ancestraux


Les efforts pour la préservation des savoirs mis en place par les Japonais sont très respectables et méritent d’être applaudi. Chez nous, ces savoirs en métallurgie, malgré une histoire beaucoup plus anciennes, ont eu plus de mal à être réhabilité depuis l’arrivée des hauts-fourneaux et l’industrialisation. Cependant, elle a lieu en ce moment même.

La redécouverte de ces savoirs en France, s’est d’ailleurs fait en partie grâce à des collaborations entre des grands maîtres forgerons et métallurgistes japonais et des hommes tel Christian Moretti au travers de l’association CERM, Centre Ethnographique sur la Recherche Métallurgique nous faisant bénéficier de leur avance sur la question. Nous pouvons aussi cité Dominique Bargiel et l’association K-12 qui depuis 30 ans se passionne pour ce domaine.

Où est fabriqué le Tamahagane ?

De nos jours, le Tamahagane est officiellement fabriqué une fois par an, chaque hiver au Japon dans la ville d’Okuizumo. Le processus se déroule pendant plusieurs jours. Historiquement, cette région était connue pour sa production d’acier, d’où il était ensuite expédié dans tout le Japon via le port de Yasugi.

Mais il existe aussi, des forgerons japonais et d’ailleurs qui produisent à petite échelle du Tamahagane pour les besoins de leur forge. En France, on en trouve quelques-uns, mais aussi en europe de l’Est et en Allemagne.

Le Tamahagane est-il l’acier le plus solide du monde ?

Peut-être que l’acier des katanas a été le plus solide à une période l’histoire ? Laissons cette questions aux historiens et autres spécialistes.

En revanche, il est certain aujourd’hui que le tamahagane n’est pas l’acier le plus résistant au monde.

Mais, cette comparaison entre cet acier et certains aciers alliés modernes à haute résistance a-t-elle vraiment un sens ?

Cela serait un peu comme vouloir comparer un Arc traditionnel réalisé à la main dans un bois d’if multi-centenaire avec un fusil d’assaut américain sortie d’usine. Les deux ont leur avantages pour atteindre une cible, mais n’ont rien avoir l’un avec l’autre et leur finalité actuelle n’est pas la même non plus.

L’intérêt de la forge artisanale est de produire des pièces uniques à la frontière entre l’art et l’artisanat.

Le Tamahagane est simplement un acier premier au carbone non-allié. Sa structure moléculaire permet d’améliorer grandement ses qualités mécaniques grâce aux savoirs et techniques de forges traditionnelles de sabre.

Il n’est donc pas le plus solide, ni le plus résistant, ni le plus tranchant (l’obsdienne utilisé par nos ancêtres préhistorique permettait déjà un tranchant de l’épaisseur d’une molécule, soit le tranchant le plus fin du monde).

Tout ceci ne l’empêche pas d’être un des meilleurs aciers artisanaux ou acier de bas-foyer au monde. Un acier de bas-foyer d’une telle qualité et d’une telle pureté représente le graal de la matière première pour tout forgeron favorisant les techniques traditionnelles.

Aucun acier industriel ne peut donc le remplacer.

En effet, l’industrie ne peut produire des aciers d’une telle pureté et aussi adaptée au travail de forge et à la création de lames d’exceptions.

tamahagane

Comment est fabriqué le Tamahagane ?

Le bas-foyer ou four japonais se nomme tatara.

Dans celui-ci est consommé pendant plusieurs jours du sable ferreux (satetsu) et du charbon. La rencontre entre le sable qui apporte le fer, le charbon qui apporte le carbone, et l’air insufflé par la soufflerie qui permet de monter en température va permettre de créer une loupe d’acier aggloméré au cœur du four.

Le four est ensuite détruit le dernier jour pour récupérer la loupe principale et les loupes secondaires.

Ces amas d’acier sont ensuite découpés puis affinés et retravaillés selon un processus de repliages.

Seules les parties les plus nobles de cette loupe seront considérées comme étant du Tamahagane. Différentes parties de la loupe seront ensuite retraitées par différents travaux préparatoires de forges avant d’en faire un lingo d’acier pour la forge du sabre.

Où acheter du Tamahagane ?

En France, le Tamahagane ou même l’acier de bas-foyer n’est pas facile à trouver.


L’association K12 en produit plusieurs fois par an, mais ne le commercialise pas.

À l’avenir, grâce à la revalorisation de la formation de féron dispensé par Metallica, on peut espérer qu’il sera davantage aisé de trouver ce type d’acier.

Produire le Tamahagane demande énormément de temps, d’énergie, de bras et de connaissances. C’est pour cela, que, même quand on a la chance d’en trouver, son prix est élevé.

Du côté de l’Allemagne, Achim Wirtz a déjà réalisé plusieurs Tatara de grande dimension, ressemblant à ceux que l’on trouve au Japon. Celui-ci en commercialise parfois.

Sinon voici un autre site allemand qui en propose, référencé dans notre rubrique acier tamahagane.

Quelques sources pour approfondir le sujet :

  1. L. Kapp & Y. Yoshihara : The Craft of the Japanese Sword (1987, June 15)
  2. S.Turnbull : Katana: The Samurai Sword. Osprey Publishing. (2012, May 20)
  3. Y.Yoshihara, & L. Kapp : The Art of the Japanese Sword: The Craft of Swordmaking and Its Appreciation (2012, September 11)
  4. Y.Yoshihara, & L. Kapp : Modern Japanese Swords and Swordsmiths: From 1868 to the Present (2002, December 13)
  5. Yumoto, J. M. : The Samurai Sword: A Handbook. (2008, October 1)
  6. K. Sato : The Japanese Sword: A Comprehensive Guide. (1983, April 1)
  7. Mason, & Caiger : A History of Japan: Revised Edition. (1997, November 30)
  8. Site internet : archeojapon.com

4 réponses à “Tamahagane : tout savoir sur cet acier traditionnel japonais”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *